mardi 29 avril 2014

Kurtis



                 
       Armé de son appareil photo, Kurtis dégagea la planche qui bloquait l’entrée et pénétra dans le bâtiment. Il avait repéré cet endroit, une chambre de commerce vieille de plusieurs siècles, depuis des semaines. Son architecture baroque l’avait tout de suite attiré.

       Le jeune homme de vingt-sept ans était adepte d’une discipline méconnue : l’Urbex ou plus précisément l’exploration urbaine. Il visitait des lieux abandonnés, souvent difficiles d’accès. C’était son « kif » comme il disait. Il aimait saisir l’instant, la lumière de ces sites oubliés. Il se sentait habité par les histoires qu’ils racontaient : l’Histoire avec un grand H et aussi les petites anecdotes du quotidien. 
Son excursion d’aujourd’hui, il l’avait longtemps préparée, sans doute plus que toutes les autres. Pourquoi ? Il ne le savait pas vraiment. Peut-être était-ce parce qu’il sentait que ce lieu était spécial ? 


      Le photographe baissa la capuche de son sweat-shirt, qui entravait son champ de vision. 
A grands pas, il s’avança au milieu du grand hall et observa le décor, en tournant sur lui-même. Les arcades sur deux étages, courraient tout le long des murs et desservaient sans doute d’anciens bureaux. Les colonnes qui soutenaient les balcons étaient finement sculptées. 
Le sol était couvert d’une poussière épaisse, qui commençait déjà à maculer ses chaussures de randonnée et le bas de son pantalon de treillis noir. Ainsi vêtu, il avait l’impression de passer inaperçu et, surtout, il était parfaitement à l’aise pour affronter tous les obstacles.
Kurtis leva les yeux vers l’immense verrière soutenue par une ossature de métal rappelant celle d’une église. Elle laissait passer la lumière blanche de cette belle journée de printemps, comme dans la nef d’une cathédrale. Ce bâtiment était vraiment magnifique. Rien à voir avec ces blocs de béton, qu’on construisait aujourd’hui pour abriter les bureaux des entreprises. 

     Le cœur gonflé d’enthousiasme, le jeune homme dégaina son appareil photo et commença à regarder à travers son écran LCD le meilleur angle de vue à adopter. 
Une ombre passa dans le champ. Kurtis leva la tête et chercha ce qui était passé devant son objectif. Rien… 
Il se concentra à nouveau sur ce qu’il avait à faire. Il mitrailla chaque recoin, captant presque autant d’images que son œil aurait pu le faire. C’était là l’avantage du numérique : on pouvait prendre autant de photos qu’on voulait et faire le tri ensuite. Cela lui permettait d’être plus instinctif et ne pas regretter d’avoir pris vingt fois la même chose.
Une porte claqua soudain dans le silence. Kurtis sursauta. Ce n’était sans doute qu’un courant d’air. Un bruit de cavalcade se fit entendre dans son dos. Il virevolta. Rien…
Ce n’était pas la première fois qu’il entendait des choses étranges quand il était en expédition. Ces lieux abandonnés étaient propices à tous les fantasmes. Jusqu’à ce jour, l’endroit qui l’avait le plus impressionné était un vieil hôpital psychiatrique. L’âme des internés imprégnait encore les murs décrépis. Il avait senti toute la souffrance que l’établissement avait abritée. Mais cette fois-ci, c’était différent. Il y avait un on-ne-sait-quoi d’étrange dans l’air. 

       Kurtis trouva l’escalier menant au premier étage derrière une porte dérobée. Le bois des marches craqua sous son poids. De la poussière tomba du plafond, comme si quelqu’un marchait à l’étage. Poussant une autre porte, il se retrouva sur le balcon. 
En bas, il pouvait voir la trace de ses pas se détachant nettement sur le sol du rez-de-chaussée. 
Il prit quelques photos en contre-plongée. Quelque chose passa à nouveau devant son objectif. Peut-être un oiseau entré par une vitre brisée et qui s’était retrouvé piégé à l’intérieur ? 

      Kurtis poursuivit son exploration de pièce en pièce : là un bureau en bois massif digne d’un ministre mais couvert de tags, ici un vieux sofa en piteux état dont les ressorts sortaient de l’assise tels des diables de leur boîte. 
Il trouva aussi les traces des probables squats : couvertures piquées d’humidité, reliefs de repas, etc. Il avait l’habitude de ce genre de découvertes. 
Cela faisait partie aussi de l’Urbex : montrer la beauté des lieux malgré l’abandon et la décrépitude. 

     Quand il atteignit le deuxième étage, la lumière, entrant par les hautes fenêtres, lui permit de faire des photos plus lumineuses. De son nouveau poste d’observation, il prit de nouveaux clichés du hall, tout en bas. 
Il se pencha par-dessus la rambarde de bois, sur la pointe des pieds, le ventre en appui sur la balustrade. Brusquement, il ressentit comme une claque dans le dos qui manqua de lui faire perdre l’équilibre et de le faire passer par-dessus bord. Mais, dans le même temps, une force contraire l’aida à se relever et éviter la chute. 
Il tomba sur les fesses, dans la poussière grisâtre, son appareil serré contre son cœur battant. 
- Whouau…. La vache ! Je l’ai échappé belle ! 
S’il avait déjà fait plusieurs chutes lors de ses expéditions, il n’avait jamais éprouvé une telle frayeur. L’espace d’une seconde, il s’était vu tomber de plus de huit mètres de haut pour s’écraser lourdement sur le sol. 
Personne ne savait qu’il était ici et nul ne l’entendrait crier, s’il se blessait. Assis, au milieu des débris, il prit quelques instants pour se ressaisir et calmer sa respiration. 

     Il avait à peine réussi à empêcher son cœur de lui sortir de la poitrine qu’une partie de la verrière juste au-dessus de sa tête explosa en mille morceaux. Il se retrouva alors pris sous un déluge de débris coupants. Sans réfléchir, il se leva et dévala en courant les deux étages, pris d’une terreur incontrôlable. 
Au milieu du hall, plié en deux, les coudes posés sur les genoux, il haletait comme un chien épuisé. Il resta là, la respiration rauque, puis éclata de rire. 
- Mon pauvre ami ! Tu as la cervelle qui déraille aujourd’hui ! s’exclama-t-il, la voix chevrotante.
Une petite pause semblait s’imposer. Aussi, avant de partir à nouveau à l’aventure dans le bâtiment, il se donna le temps de regarder ce qu’il avait déjà photographié. Sur son écran, il fit défiler les clichés. A la huitième, une sorte de tâche obscurcissait l’angle en haut à droite. Au cliché suivant, l’ombre s’agrandit et ainsi de suite jusqu’à la treizième photo où un étrange visage apparut. 
- Bordel de merde ! C’est quoi ce truc ? s’écria le jeune homme, manquant de faire tomber son appareil. 
Il leva le nez de l’écran et porta son regard à l’endroit où il avait pris ces photos, là dans le hall. Il n’y avait personne ! Tremblant, il braqua à nouveau l’appareil là où s’était tenue la silhouette insolite. Et elle fut à nouveau dans son champ de vision. 
Kurtis était fasciné : une femme à la peau bleutée et aux oreilles pointues le fixait, ses mains, qui ne comptaient que quatre doigts chacune, sagement nouées sur sa robe blanche, au niveau de sa taille. Ses longs cheveux, séparés en quatre tresses d’un bleu soutenu, frôlaient le sol en ondulant doucement, comme animés d’une vie propre. Sa bouche sans lèvre esquissait ce qui approchait le plus d’un sourire pour un être humain. Et sous chacun de ses yeux aigue marine, étaient alignées quatre saphirs, étranges taches de rousseur. 
Kurtis percevait du mouvement derrière elle, mais tout était flou. 
Ils se regardèrent quelques instants par l’entremise de l’objectif du photographe, jusqu’à ce que ce dernier se décide à demander : 
- Qui… qui êtes-vous ? 
L’apparition ne répondit pas et regarda sur sa droite vers les arcades. Elle acquiesça à on ne sait quel ordre, puis leva un bras vers Kurtis. Il recula, tout en baissant son appareil photo, perdant ainsi tout contact visuel avec la femme. 
Il cligna des yeux à plusieurs reprises, le souffle court. Que se passait-il ici ? Qu’avait-il réellement vu ? Etait-ce une illusion d’optique ? 

     Soudain, il sentit comme la pression d’un doigt sur son front, pile entre les deux yeux, et ce fut comme si un peintre colorait le décor sous ses yeux. Kurtis découvrit un nouveau monde lumineux et peuplé d’êtres aussi variés qu’étranges. 
Il était toujours dans l’ancienne chambre de commerce mais elle avait retrouvé sa splendeur d’antan : les boiseries étaient fraîchement cirées et la verrière laissait entrevoir le ciel d’un bleu lumineux. 
Des êtres étranges allaient et venaient en groupe, ou seul. Là, un arbre avec des jambes et des bras. Ici, un chat roux de la taille d’une petite panthère avec trois queues. Un humanoïde à tête de perroquet et aux bras couverts de plume rouge. Un groupe de femmes à la peau couverte d’écailles et dont la langue ressemblait à un concert de sifflements. D’autres créatures volaient et allaient se poser sur l’un des balcons : une chauve-souris violette, quelques petits ptérodactyles, etc. L’ensemble était coloré et bruyant. 
Il aperçut enfin un homme en costume, de dos, qui semblait normal. Mais quand ce dernier se retourna, il n’avait aucun trait, pas de visage, comme si on avait gommé ses yeux, son nez et sa bouche. 
Complètement déboussolé, il reporta son attention sur la créature bleue qui l’avait amené ici. Elle lui souriait toujours. 
- Où sommes-nous ? Qui êtes-vous ? 
Les questions se bousculaient dans sa bouche. 
- Tu es ici dans la zone de transit, répondit-elle d’une voix chantante. Je suis Luminaï. Mais ne restons pas ici, cela pourrait être dangereux. Viens ! 

      Il suivit l’étrange femme. La traine de sa robe blanche frôlait le sol mais, dans cette dimension, il n’y avait aucune poussière. 
Elle l’emmena sous les arcades. Là, elle parla à un humanoïde à la peau rouge et marbrée. Il dominait Luminaï de plus de quarante centimètres, dépassant allègrement les deux mètres. Sa chevelure d’un roux tirant sur le rouge ondoyait. L’espace d’une seconde, Kurtis crut qu’il avait le crâne en feu. Quand l’être vit le photographe approcher, il croisa les bras sur son imposante poitrine. Etant torse nu, on pouvait voir le moindre de ses muscles jouer sous sa peau, qui portait d’étranges scarifications. 
Kurtis eut envie de les prendre tous les deux en photos, mais un seul regard du colosse l’en dissuada. 
- Je te présente Selevoy. C’est l’un des gardiens de ce lieu. Nous sommes quatre en tout.
- Mais qu’est-ce que vous êtes exactement ? osa enfin demander Kurtis. 
Il n’arrêtait pas de se dire qu’il était en train de rêver, qu’il devait être encore au fond de son lit et qu’il n’était pas encore venu ici. Tout cela ne pouvait que sortir de son imagination. Comment pourrait-il en être autrement ? 
- Il faut qu’il s’en aille ! Les Aberrations ne vont pas tarder à arriver ! Elles ont senti sa présence… 
Obéissant à Selevoy, Luminaï poussait déjà Kurtis, gentiment, vers l’entrée par laquelle il était arrivé quand deux autres créatures magnifiques vinrent à leur rencontre, un couple apparemment se tenant par la main. 
La femme portait une étrange robe courte en mousse verte sur sa peau marron clair. Ses cheveux bruns et frisés étaient emmêlés mais sans que l’ensemble ne soit désagréable à l’œil. Tout comme Luminaï, elle portait des pierres sur les pommettes, des émeraudes cette fois, et elle était d’une beauté étrange, céleste. 
L’homme était vêtu de ce qui aurait pu ressembler à une combinaison de plongée, faite d’écailles de poisson multicolores. Sa chevelure d’un vert foncé était plaquée contre son crâne comme s’il sortait de la douche. 
- Voici Ligurat (Luminaï désigna l’être féminin) et Dogoban, les deux autres gardiens. 
- Mais vous êtes gardiens de quoi ? Et qu’est-ce que c’est que toutes ces bestioles ? s’écria Kurtis alors qu’un petit oiseau multicolore avait fait un piqué vers lui et lui tournait autour de la tête, comme pour attirer son attention ou jouer avec lui. 
Les quatre gardiens s’interrogèrent du regard. Ce fut Selevoy, qui hocha la tête et donna son consentement à Luminaï pour qu’elle réponde au jeune homme. Pendant ce temps, les trois autres quittèrent l’abri de l’arcade et surveillèrent les allées et venues. 
- Nous sommes le peuple des Précieux, ce que vous autres humains appelez fées, sirènes, elfes… Cet endroit est un portail entre notre monde et le vôtre. Il en existe des milliers à travers l’univers. En temps normal, la plupart des êtres humains ne peuvent pas nous voir. Seule une poignée arrive à percevoir notre présence : les voyants, les médiums… Et puis des gens comme toi ! 
- Quoi comme moi ? 
- Tu arrives à capter notre aura par le biais de ton appareil. C’est étrange. Vous êtes très peu à avoir ce don. Ne t’est-il jamais arrivé de pénétrer dans un endroit et de sentir une présence maléfique ? 
Devant le silence du jeune homme, qui pensait au vieux sanatorium qui lui avait laissé une si mauvaise impression, Luminaï poursuivit :
- Tu avais simplement senti la présence d’une aberration… 
A peine avait-elle fini sa phrase, qu’une alarme se mit à hurler. Les quatre gardiens quittèrent l’abri du balcon pour se placer presque au centre du hall, formant un carré, dos à dos, les yeux braqués sur la verrière. 
Le ciel s’était considérablement obscurci et il faisait maintenant très sombre. Toutes les créatures, qui allaient et venaient dans le hall jusque-là, avaient disparu. Kurtis n’osait pas s’avancer. Tremblant, il leva son appareil photo et commença à prendre des clichés, sans s’inquiéter de l’angle, de la lumière… Il voulait juste garder un témoignage de ce qu’il était en train de voir. 

     Soudain, un nuage noir pénétra par la verrière brisée. A mesure qu’il fondait sur les gardiens, le jeune homme se rendit compte qu’il s’agissait en fait d’une nuée d’insectes bourdonnants. 
Selevoy leva les bras au ciel et un trait de feu jaillit en direction de l’ennemi. Les bêtes se séparèrent pour se rassembler après avoir laissé passer la flèche. 
Pendant ce temps, Luminaï s’était envolée. Ce que Kurtis avait pris pour la traîne de sa robe était en fait deux magnifiques ailes de papillon blanches et bleues, qui portèrent la Précieuse, au-dessus du nuage. Elle se mit à tourner en rond de manière à créer un tourbillon. 
Au sol, Ligurat et Dogoban allièrent leurs forces à celles de Selevoy et assaillaient les insectes de jets de pierre, d’eau et de feu, les poussant dans le vortex que venait de créer la femme bleue. 
Le photographe, fasciné par la scène, leva une nouvelle fois son objectif et prit un dernier cliché. Le flash se déclencha et la lumière qu’il provoqua fut démultipliée. L’éclair aveuglant sembla achever le travail de sape entamé par les quatre gardiens et le nuage noir explosa. 

    Kurtis contempla son appareil, ébahi d’avoir réussi une telle chose. Luminaï voleta jusqu’à lui et se posa, bientôt rejointe par ses trois amis. 
- Je vous avais dit qu’il était spécial, s’exclama-t-elle à leur intention. 
- Il n’en reste pas moins que c’est un être humain, grommela Selevoy. Il ne devrait pas être là ! Renvoie-le !
- Je ne peux pas faire ça ! Avec ce qu’il a vu, il a droit à des réponses. 
- Nous pourrions effacer ses souvenirs, suggéra Ligurat. 
- Hé ! s’écria Kurtis. Je suis là ! Ne faites pas comme si j’étais incapable de vous comprendre. 
- Loin de nous cette idée… le rassura Dogoban qui passa un de ses bras autour de ses épaules. 
Le contact était étrange, à la fois humide et doux, comme la peau d’un dauphin… L’être à la combinaison de poisson sentait le sel marin et les embruns. Aussitôt, le jeune homme se sentit apaisé. 
- Ma compagne est une peu… terre à terre…
L’expression fit rire les quatre gardiens. 
- Trêve de distraction ! s’écria Selevoy de sa voix caverneuse. Nous devons décider du sort de l’être humain ! 
- Je suis d’accord avec Luminaï, répondit Dogoban. Kurtis a droit à des réponses. Je vous rappelle qu’il vient de nous aider à combattre cette aberration. 
- Quelqu’un va-t-il me dire à la fin ce que c’était que ce truc ? hurla le photographe à bout de nerfs. 
Les quatre gardiens se tournèrent vers lui, surpris par sa réaction. Pour la première fois, Selevoy s’approcha et s’adressa directement à lui. Sa chevelure en flamme ondoyait légèrement et Kurtis sentit une vague de chaleur l’envelopper. 
- Les Aberrations sont toutes les craintes, toutes les peurs des êtres humains matérialisées. Le Diable, les démons… Comme ce nuage de sauterelles que tu viens de voir par exemple, vestige de l’ancienne Egypte. Tous vos cauchemars, toutes vos terreurs ne deviennent pas réelles dans votre monde. Mais dans le nôtre, oui… 
- Mais c’est terrible ! ne put que répondre le jeune homme. 
- Vous n’y pouvez rien. Il en est ainsi depuis des millénaires et notre rôle est de veiller à l’équilibre des forces. Pourtant, ces derniers siècles, les Aberrations ont commencé à disparaître doucement. Sans doute parce que l’être humain est moins crédule, avec les avancées de la science. Aussi, dès lors que l’une d’elles repère un homme sur un lieu de transit, elle se précipite. 
- Et que se passerait-il si vous n’étiez pas là ? 
- L’Aberration se servirait de l’humain comme d’un portail pour pénétrer dans votre monde et y semer le chaos ! 
Kurtis frissonna. 
- Comprends-tu maintenant pourquoi tu dois quitter cet endroit ? 
Le photographe hocha la tête. 
- Tu ne dois jamais parler de nous à personne, ordonna le colosse rouge. 
Là encore, le jeune homme acquiesça. Il n’avait aucune envie de contrarier le gardien ou de mettre leurs deux mondes en danger. 

      Quelques instants plus tard, alors que Luminaï le raccompagnait à la porte, Kurtis lui demanda : 
- Est-ce que je vous reverrai un jour ? 
La Précieuse sourit, une expression un peu triste sur ses traits étranges. 
- Je ne pense pas, non… 
- Je comprends… 
Kurtis sortit sans se retourner. 
Dans un premier temps ébloui par le soleil, le photographe chancela. Puis sa vision s’adapta et il vit à nouveau correctement. 

     Cette séance photo avait été étrange. Quand il regarda l’écran de son appareil photo, il vit qu’il avait pris plus de mille clichés. Pourtant, il ne se rappelait pas vraiment la visite de ce bâtiment. Il mit cela sur le compte de la fatigue. Il sentait bien que cette exploration n’avait pas été commune mais il n’arrivait pas à se souvenir pourquoi… Il haussa les épaules, il avait ses clichés, c’était le principal. Ce n’était pas la première fois qu’une Urbex lui laissait une sensation bizarre. 
Il se mit en route rapidement : il avait hâte de faire le tri dans ses photos et de partager les meilleures sur son blog ! 
Dans son dos, il ne vit pas les quatre créatures qui le regardaient s’éloigner, soulagées que leur secret reste bien gardé. 





* David De Rueda est né en 1987 et vit entre Paris et Avignon. C'est un photographe et réalisateur. Mais c'est avant tout un explorateur urbain : photographie des lieux abandonnés, désaffectés où plus personne ne va.
La photo que j'ai choisie est issue de la sélection Shadow et s'appelle "la Chambre de Kurtis"  

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