dimanche 2 mars 2014

Le laboratoire Episode 6



            Cyrille avançait doucement, sur le qui-vive. Il n’avait pas eu besoin d’allumer la lampe torche qu’il avait emmenée, la lune illuminant suffisamment le chemin.
Quand il approcha du bassin, il entendit le même clapotis que la veille au soir. Eclairée par l’astre nocturne, la sirène, assise sur la berge, contemplait les étoiles. Les gouttelettes d’eau sur sa peau brillaient comme une myriade de pierres précieuses.
Le scientifique était fasciné. Il prit le temps de détailler un peu plus la merveilleuse créature : un épiderme translucide, une chevelure qui aurait pu se confondre avec les algues et surtout une queue de poisson en lieux et places des membres inférieurs. Il pensa un instant à la légende d’Ulysse, qui aurait demandé à ses marins de l’attacher au mât de son bateau pour résister au chant des sirènes. A vrai dire, rien que la beauté de celle-ci aurait suffi à tourner la tête à plus d’un homme. Son profil, qui se découpait dans la pénombre, était certes atypique mais gracieux : des lèvres pleines, des pommettes hautes, un nez fin.

            Il y eut soudain un grand remous dans le bassin. Cyrille se cacha derrière le tronc d’un arbre et assista, médusé, à l’apparition d’une créature terrifiante, digne des films d’horreur qu’il regardait à l’adolescence.
Deux gigantesques tentacules émergèrent et leurs ventouses luisantes s’agrippèrent à la berge, près de la sirène. Une pieuvre aux dimensions de montgolfière se hissa alors hors de l’eau. La femme la regarda avec le même air grave et mélancolique qu’elle arborait quand le scientifique l’avait vue à travers son objectif. L’animal et la sirène semblèrent dialoguer en silence. La femme poisson soupira, puis se laissa glisser dans l’eau et disparut quelques secondes.
Elle revint les bras chargés de poissons d’une bonne taille. Manifestant son enthousiasme, le monstre frappa la surface de l’eau avec ses tentacules et ouvrit une gueule hérissée de dents dans laquelle la sirène jeta sa pêche nocturne. Une fois la bête repue, la sirène montra ses paumes pour lui indiquer que le festin était fini. Comme on le ferait à un animal de compagnie, elle flatta de la main l’une des tentacules, puis s’installa de nouveau sur le bord du bassin et reprit sa contemplation des étoiles.
La gigantesque créature émit une sorte de plainte, estimant sans doute que le repas n’était pas suffisant, et regagna son repère sous-marin dans une gerbe d’eau. La sirène était à nouveau seule.

            Cyrille était indécis. Devait-il entrer en contact avec la sirène ?
Ce fut elle qui décida pour lui : elle se retourna, le vit et lui sourit. Le scientifique s’approcha doucement du grillage, pour ne pas l’effaroucher. Il passa ses doigts dans les mailles métalliques et amena son visage le plus prés possible.
La sirène le considéra avec curiosité et, s’appuyant sur ses mains pour avancer sur la berge, vint à la rencontre de Cyrille, sortant complètement de l’eau.
Ils n’étaient plus qu’à quelques centimètres l’un de l’autre, image totalement irréelle d’un homme face à une légende.
-           Bonsoir, murmura le jeune homme. Je… je m’appelle Cyrille. Et toi ?
La femme cligna des yeux, semblant réfléchir, puis elle ouvrit grand la bouche, dévoilant des petites dents pointues. Elle montra du doigt sa langue et secoua la tête.
-           Tu ne sais pas parler ? C’est ça ?
La sirène acquiesça.
-           Ca va faciliter les échanges… marmonna Cyrille.
La créature commença à dessiner quelque chose avec son index dans la terre meuble de la berge. Quand elle eut fini, elle insista pour que le scientifique regarde. Il alluma sa torche et pointa son faisceau sur les signes qui formait un mot : Despina… le nom de la fille de Poséidon et de Déméter dans la mythologie grecque…

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