jeudi 3 juillet 2014

La vérité

         
 
       Gabrielle entra dans le manoir, l’appréhension lui nouant les entrailles. Elle ne comprenait pas pourquoi la cousine de sa mère lui avait légué cet endroit, à elle. 
La dernière fois qu’elle était venue ici, elle était très jeune. Toute la famille fêtait les six ans de Sarah, la fille de la cousine Claire, qui avait le même âge que Gabrielle. Cela remontait à si longtemps maintenant… Presque trente ans…
Les deux fillettes s’entendaient à merveille et les deux cousines s’invitaient très régulièrement. Souvent, on prenait Sarah et Gabrielle pour des sœurs jumelles tant elles se ressemblaient…
Gabrielle avait un souvenir très précis de la fête : des ballons roses et blancs partout, les grandes tables dressées dans le jardin sous les tonelles, le clown, les animations… Claire avait fait de l’anniversaire de sa fille un grand évènement. 
Quelques mois seulement après la fête, la petite Sarah était morte d’une maladie mystérieuse. Gabrielle avait beaucoup pleuré. Ses parents et elle n’étaient plus jamais revenus au manoir et avaient cessé de voir la cousine Claire. La jeune femme avait fini par l’oublier jusqu’à ce que le notaire ne l’appelle pour lui annoncer que la cousine de sa mère était décédée et qu’elle était sa seule héritière ! Gabrielle n’en avait pas cru ses oreilles. 
Elle avait un peu déchanté quand l’homme de loi lui avait annoncé que l’endroit était inhabité depuis des années, la vieille femme ayant été internée plus de huit ans avant son décès. La maison n’avait pas été entretenue, faute de moyens. Mais cela restait tout de même une belle propriété. 


      Ce matin, assise dans la cuisine de son minuscule appartement, Gabrielle avait contemplé le trousseau de clefs que lui avait remis le notaire avant de se décider à venir explorer l’endroit. Il fallait qu’elle puisse mesurer l’ampleur des dégâts avant de décider quoi faire. 
Maintenant, debout dans le hall du manoir, elle se sentait ridicule. Elle s’était habillée comme pour une randonnée en montagne : pantalon de toile épaisse, chaussures de marche, polaire et coupe-vent. De toute évidence, elle allait mourir de chaud ainsi vêtue. Malgré le froid à l’extérieur, il régnait dans le bâtiment une relative chaleur. Elle ôta sa veste et sa polaire et les déposa par terre, sur sa besace. 
Lentement, elle monta les deux marches qui menaient au centre du hall. L’instant était solennel et la jeune femme ressentit le poids de l’abandon des lieux. Elle passa entre les poteaux en marbre, qui n’avaient apparemment pas subi les outrages du temps, et arriva sous le puits de lumière. Le nez en l’air, tournant lentement sur elle-même, elle contempla les balcons creusés dans le plafond et ornés d’une rambarde en fer forgé. Le toit vitré qu’elle devinait paraissait avoir peu souffert des années. Il faudrait vérifier en montant au premier étage.
Face à la porte d’entrée, un immense miroir aux contours de marbre sculpté donnait une impression de profondeur au hall : la vue se reproduisait à l’infini. Elle s’approcha, fascinée. La glace était si propre qu’elle avait l’impression que si elle enjambait la margelle du bac à fleur qui se situait au pied, elle pourrait passer de l’autre côté. Brusquement, les souvenirs d’enfance remontèrent à la surface de sa mémoire. Elle se revit, traversant le hall en courant à côté de Sarah. Les éclats de rire semblaient résonner à ses oreilles. Elle pouvait presque entendre le bruit de leurs pas sur le dallage. 
Gabrielle avait passé tellement de bons moments ici, en compagnie de Sarah ! La tristesse l’envahit. 




Elle tendit le bras et posa la main sur la surface lisse. Les larmes lui montèrent aux yeux. La disparition de Sarah, si jeune, était cruelle. Plus douloureux encore, était le fait que la jeune femme avait presque complètement oublié sa petite cousine. Il avait fallu le décès de Claire pour qu’elle se souvienne de la fillette avec laquelle elle avait pourtant partagé beaucoup de choses. 

Le froid lui mordit la paume et l’image ondoya légèrement, comme la surface d’un lac sous l’impact d’une pierre. 

Gabrielle recula, surprise. Une ombre passa en courant dans le miroir. La jeune femme se retourna d’un bloc. Personne, et toujours le silence.

- Que tu es gourde, ma pauvre fille ! s’écria-t-elle pour elle-même. 

Il faut dire que la gueule noire des portes qui s’ouvraient sur les différentes ailes du manoir ne faisait rien pour dissiper le malaise qu’elle ressentait dans cet endroit. 



       D’un pas décidé, elle pénétra dans la pièce qui se trouvait à droite du miroir, celle qui lui paraissait la moins sombre… Le peu de clarté venait du fait que la végétation au dehors avait tenté de regagner ses droits et commencer à écarter les battants des volets de bois qui masquaient la fenêtre. 

Les quelques meubles restant étaient couverts de draps blancs, ce qui ne faisaient que renforcer l’effet « film d’horreur » de la situation. Une bourrasque de vent fit claquer une branche d’arbre contre la vitre. Gabrielle sursauta et ressortit bien vite de la pièce. 

Elle rebroussa chemin vers les colonnes du hall, les dépassa d’un pas décidé et prit l’escalier à sa gauche pour monter à l’étage. Une angoisse sourde s’insinua dans ses entrailles, les broyant de sa main glacée. 

Elle essaya de rester rationnelle : une vieille maison était toujours emplie de bruits étranges. Elle ne devait pas se laisser effrayer par des sons finalement anodins.



     
            Une fois en haut, elle se sentit un peu mieux : il y faisait plus clair grâce au puits de lumière. Elle s’approcha de la rambarde de fonte ouvragée du balcon, s’y accrocha fermement et se pencha. Vu de là, le sol de marbre poussiéreux aurait pu paraître presque propre s’il n’y avait pas eu ses traces de pas. 
Trop absorbée par le vertige qui la gagnait, elle ne vit pas l’ombre qui passa à nouveau devant le miroir de l’entrée. 
Elle se contorsionna pour regarder le ciel vitré. Il semblait avoir subi très peu de dommages et était à peine envahi par la mousse. Rien dont un bon nettoyage ne pourrait venir à bout. 
Un rire d’enfant résonna dans l’une des pièces vide de la maison. Gabrielle se demanda un instant si elle avait rêvé… Non… le son n’était pas sorti de son imagination, c’était impossible. Tremblante, elle se dirigea vers l’endroit qu’elle se souvenait avoir été le bureau du père de Sarah. Elle se le rappelait très bien car sa cousine et elle avaient l’interdiction absolue d’y pénétrer. Claire entrait dans des colères terribles quand les fillettes passaient à proximité de la pièce où travaillait son mari ou quand elles faisaient trop de bruit.
Elle poussa doucement la porte, qui s’ouvrit en grinçant sur une pièce entièrement lambrissée. Il n’y avait plus aucun meuble et les étagères qui montaient jusqu’au plafond étaient vide de livres. L’endroit avait dû être magnifique. Les volets des trois hautes fenêtres, devant lesquelles une banquette s’étirait, étaient en partie cassés. Ainsi, la lumière du jour entrait dans la pièce. 



       Pourtant, Gabrielle n’apprécia pas cette clarté car elle dévoilait autant de choses qu’elle en cachait dans les recoins inaccessibles. Ainsi, dans l’un des angles de la pièce, la jeune femme crut voir bouger une ombre. L’angoisse l’emportant, elle se mit à hurler. Son cri résonna dans toute la vieille demeure. Même les oiseaux perchés sur le toit s’envolèrent, dans un bruissement d’ailes.
Elle reprit son souffle pour constater qu’il n’y avait qu’elle. Elle était seule dans la maison. Il fallait qu’elle arrête de laisser ses peurs la submerger et qu’elle agisse raisonnablement. 
Prenant sur elle, elle décida d’aller voir le dernier étage avant de partir et quitta l’ancien bureau. 
Tournant le dos à la fenêtre, elle ne vit pas la silhouette noire qui se détacha du mur dans le coin obscur. 

       Gabrielle emprunta l’escalier dérobé pour monter dans le grenier. A sa grande surprise, elle y trouva une cheminée. Sans doute un vestige du temps où les domestiques occupaient cet étage, avant qu’il ne lui revienne la fonction de remise. 
L’âtre était large et son linteau de pierre assez simple. Mais l’ensemble était plutôt beau. C’était d’ailleurs la seule chose qui tenait encore vraiment debout dans cette partie du manoir. 
Le parquet était vermoulu et en partie arrachée. Plusieurs tuiles s’étaient envolées, laissant le toit à nu. 
Ce serait sans doute l’endroit de la demeure où le plus de travaux serait à prévoir. La jeune femme pensa aussitôt qu’il lui faudrait faire chiffrer les réparations avant de décider quoique ce soit. 



        Sans plus attendre, elle allait redescendre quand elle entendit une sorte de grattement. 
Elle se retourna brusquement. Une ombre assez semblable à celle du bureau s’agitait à côté de la cheminée. 
Gabrielle se retrouva paralysée par la terreur. Une goutte de sueur acide lui coula le long de la colonne vertébrale. Ses yeux s’agrandirent jusqu’à devenir deux abîmes de panique. Ses poumons se vidèrent de tout l’air qu’ils contenaient et se racornirent dans sa poitrine. Aussitôt, son cerveau envoya un message d’alerte au cœur pour qu’il comble le manque d’oxygène dans son organisme. 
Le muscle cardiaque envoya tout le sang disponible en direction de la tête, privant les bras et les jambes du précieux fluide. La jeune femme sentit ses membres inférieurs se dérober sous elle quand la créature des ténèbres se détacha du mur pour venir vers elle. 
- Je t’attends depuis si longtemps, croassa la dépouille de sa cousine Sarah. 
Dans son état d’hébétude, Gabrielle nota que Sarah était restée la petite fille de six ans qu’elle était à sa mort. Ses longs cheveux noirs étaient emmêlés et elle portait une chemise de nuit qui avait autrefois été blanche. Des lambeaux de peau manquants laissaient entrevoir les muscles pourrissants et les tendons décharnés. 
Gabrielle s’attendit presque à la voir vomir un liquide vert comme la fillette hantée du film ‘l’Exorciste’. 
- Qui… Qui es-tu ? chuchota-t-elle d’une voix étranglée. 
Le monstre pencha la tête, un sourire amusé sur ses lèvres gercées. Le temps que la jeune femme cligne des yeux, la revenante avait maintenant l’apparence de sa cousine encore en vie. Sa chevelure était lustrée et brillante, son vêtement d’une blancheur immaculée. Son petit visage, bien que pâle, respirait la santé. Il émanait d’elle une douce lumière. 
- Tu me reconnais mieux comme cela, demanda le fantôme. 
Sa voix n’avait plus rien de menaçant. C’était la voix d’une fillette de six ans, morte bien trop jeune. 
Gabrielle s’approcha doucement. Ses pieds la portaient malgré elle vers le fantôme. Elle réussit néanmoins à articuler :
- Que fais-tu ici ?
- Je te l’ai dit, je t’attendais ! Tu m’as tellement manquée !
La raison de la jeune femme vacilla. L’antique instinct de conservation reprit enfin le dessus. Gabrielle tourna les talons et descendit en hurlant les marches qui menaient au premier étage, sans reprendre son souffle. 

        Le bruit de ses chaussures de randonnée était étouffé par la moquette miteuse et en pleine putréfaction du palier. Le revêtement émit un bruit spongieux quand elle freina des quatre fers devant les marches descendant au rez-de-chaussée : la créature était là, lui bloquant l’accès. Elle avait de nouveau l’apparence d’un monstre de film d’horreur. 
- Où penses-tu aller comme ça ? brailla-t-elle. 
Pétrifiée, Gabrielle détailla l’apparition que ne se tenait qu’à un ou deux mètres d’elle. De la moisissure s’était développée, tant sur son vêtement que sur sa peau verdâtre. Ses yeux laiteux luisaient dans le peu de lumière qui filtrait du toit vitré. 
Quand la créature tendit le bras pour se saisir de la main de la jeune femme, cela provoqua comme un électrochoc. Le contact infâme lui donna envie de vomir. Elle se dégagea d’un geste brusque et, sans réfléchir, fonça à travers le spectre. 
Il y eut un bruit de succion quand elle le traversa mais elle put accéder à l’escalier et au hall d’entrée. Le vent hurlait maintenant à l’extérieur du manoir. Volets, portes et fenêtres claquaient, sous l’effet d’une entité invisible. 
La voix de Sarah se répercuta dans toute la maison : 
- Je t’attendais Gabrielle ! Tu vas rester avec moi maintenant ! 
- Mais que veux-tu de moi ? 
- Tu as eu tout ce que je voulais ! Moi, je n’avais rien ! 
Gabrielle ne comprenait pas : sa jeune cousine n’avait jamais manqué de rien ! Comment pouvait-elle dire qu’elle n’avait rien ? 
- Tu avais l’amour de tes parents. Tu as eu une enfance heureuse. Pas moi ! 
- C’est faux Sarah ! Ta mère s’est occupée de toi jusqu’à ton dernier souffle, elle a tellement pleuré quand tu es morte… 

- Tu mens ! hurla le fantôme apparaissant devant la grande porte d’entrée. Elle ne voulait pas de moi, je la gênais. 

       Soudain, le décor disparut. Le manoir retrouva son lustre d’antan. Les rires de Gabrielle et Sarah retentirent dans la grande maison. Claire apparut entre les colonnes de marbre. 
- Sarah ! Descend une minute, veux-tu ? 
- Attends, Gabrielle je reviens, annonça la fillette à sa cousine avant de descendre les escaliers au pas de course. Oui, Maman ?
Quand sa fille atteignit le bas des marches et fut à sa portée, Claire lui saisit le bras et serra au point que les jointures de ses doigts ne deviennent blanches. 
- N’as-tu pas fini de hurler ? Comment ton père peut-il travailler dans ces conditions ? 
- On ne fait que jouer, Maman. 
- Eh bien, joue en silence ! s’écria la mère en secouant la petite comme un prunier. 
- Tu me fais mal ! 
- Je ne fais que reprendre la petite insolente que tu es ! 
- Je te jure que nous allons être sages maintenant. 
- Tu as intérêt, sinon… Tu sais ce qu’il t’attend ! 

         La scène s’évanouie. Gabrielle était de nouveau dans la demeure en décrépitude. Effarée, elle réalisa qu’elle venait de contempler une vision du passé. Elle se rappelait que Claire était très à cheval sur l’éducation de sa fille. Néanmoins, jamais il ne lui était venu à l’esprit qu’elle avait pu maltraiter Sarah. 
Elle se tourna vers le fantôme mais il avait disparu. 
La fillette réapparut à l’autre bout du hall. Elle courait en riant. Elle revenait apparemment du jardin car elle avait encore de l’herbe dans les cheveux. Un grand sourire illuminait son petit visage, aux joues rougies par le grand air. 
Claire se présenta dans l’encadrement de l’une des portes, ce qui eut pour effet de stopper net l’enfant, dont la gaité disparut instantanément. 
- D’où viens-tu ? 
- Je jouais dehors, murmura Sarah. 
- Et ? 
- J’ai oublié de passer par la cuisine pour me déchausser et me laver les mains…
- Tu ne retiens vraiment rien, ma pauvre fille ! cria sa mère. 
En trois grandes enjambées, elle rejoignit Sarah qu’elle gifla violemment. Sous l’effet du choc, la tête de l’enfant partit en arrière. 
Une main sur son visage en feu, la petite contempla sa mère, hébétée. 
- Pas de goûter ni de dîner pour toi aujourd’hui. Tu retiendras peut-être enfin la leçon, annonça-t-elle avant de faire demi-tour laissant Sarah, qui pleurait en silence, au milieu du hall. 

       La scène s’évanouit à nouveau. 
- J’ai tellement souffert ! cria Sarah d’une autre pièce. 
Gabrielle suivit la voix et se retrouva dans la cuisine. Dans une nouvelle vision du passé, Claire se tenait devait le comptoir. Elle préparait un plateau repas. 
En provenance de l’étage, un gémissement s’éleva : 
- Maman… 
- Je viens, Sarah ! 
Elle se saisit d’une petite fiole qui était cachée dans un tiroir et en versa quelques gouttes dans le potage. 
Gabrielle s’approcha pour lire l’étiquette mais il n’y en avait pas. Cela ressemblait à un produit fait maison. La silhouette translucide de Sarah apparut à côté d’elle. Cette fois, hormis le fait qu’on voyait à travers elle, elle ressemblait à ce qu’elle avait été de son vivant. 
- Les apparences sont parfois trompeuses, tu sais… 
- Que veux-tu dire ? 
- Ne crois pas ce que tu vois ! 
- Je ne comprends pas, Sarah. Que veux-tu de moi ? Que veux-tu me montrer ? 
- Tu es aveugle ! hurla le fantôme avant de disparaître brusquement. 
La scène du passé disparut et Gabrielle se retrouva seule dans la cuisine défraîchie, dont les carreaux de faïence cassés étaient pour la plupart tombés au sol. Des toiles d’araignées avaient envahi la hotte et une épaisse couche de poussière recouvrait le plan de travail en inox. 

       Pendant un moment, la jeune femme resta sans bouger, incapable de savoir quoi faire. Le silence était revenu dans le manoir. La revenante avait peut-être finalement décidé de la laisser tranquille. 
Au moment où Gabrielle décida de quitter les lieux au plus vite, une nouvelle tempête secoua la maison. Les volets se mirent à claquer. Les placards s’ouvrirent et la vaisselle, qui s’y trouvait encore, se brisa au sol. Les portes s’ouvraient et se fermaient dans un vacarme assourdissant. 
La jeune femme courut dans le hall et appela le fantôme : 
- Sarah ! Je ne peux pas rester ici avec toi. Mais je veux comprendre ! Qu’essayes-tu de me dire ? 
Cette question sembla donner à réfléchir au spectre car le fracas cessa. Puis, la voix de Claire, qui s’adressait visiblement à quelqu’un au téléphone, se fit entendre à l’étage. 
Gabrielle monta doucement. 
La cousine de sa mère se tenait sur le palier, son téléphone portable à l’oreille : 
- Non, Docteur, aucune amélioration… Je ne lui donne rien… Non… Bien sûr… Même pas d’aspirine. De toute façon, elle ne peut rien avaler, la pauvre…
De sa main libre, elle tripotait nerveusement quelque chose dans la poche de sa robe. Gabrielle comprit qu’il s’agissait du même flacon que celui qu’elle avait vu dans la cuisine. 
Après avoir salué son interlocuteur, Claire raccrocha et annonça à Sarah, restée dans sa chambre : 
- Le Docteur dit qu’il faut que tu prennes quand même ton médicament comme tous les jours, chérie. 
- Mais j’ai mal au ventre, Maman…
- Je sais, mon cœur… Pourtant, tu sais que c’est important…

       La vérité frappa Gabrielle de plein fouet : non seulement Claire maltraitait sa fille mais en plus, elle l’avait lentement empoisonnée ! Elle avait joué les mères courage devant tout le monde, alors que c’était elle qui avait tué son enfant ! 
Les larmes coulèrent sur les joues de la jeune femme. Sa cousine, et amie d’enfance, était morte quasiment sous ses yeux sans que personne ne se doute du calvaire qu’elle endurait. 
- J’ai compris, Sarah, s’écria-t-elle d’une voix chevrotante. Je suis tellement désolée pour toi. Cela n’aurait jamais dû t’arriver. Ta mère était un monstre ! Mais, à l’époque, je n’y pouvais rien. Je n’étais qu’une enfant. 
Seul le silence lui répondit. Gabrielle réfléchit quelques instants. Elle ne pouvait pas revenir sur le passé. En outre, Claire était morte maintenant. Elle ne pourrait jamais être condamnée pour ce qu’elle avait fait. 
Une idée lui traversa brusquement l’esprit. Sans plus attendre, elle se précipita au grenier en appelant sa cousine. 
Une fois là-haut, elle annonça : 
- Sarah ! Je sais ce que je peux faire ! Cela ne te rendra pas la vie, je sais…
Le fantôme de la fillette apparut comme la première fois près de la cheminée. 
- Je vais commencer par raconter ton histoire à tous les membres de la famille encore vivants. Et je vais faire en sorte que tu ne sois plus jamais seule ici. Je te le promets. 

       Six mois plus tard, Gabrielle se gara devant le manoir. Elle avait réussi à mobiliser toute sa famille et quelques généreux donateurs sensibles à l’histoire de Sarah. Aussi la demeure avait été restaurée et avait retrouvé sa splendeur d’antan. La jeune femme était très fière du résultat. Dès le lendemain, les premiers enfants arriveraient. 
Elle alla au coffre de la voiture pour en sortir une grande plaque, qu’elle fixa sur les crochets près de la porte que les ouvriers avaient récemment installés et sur laquelle on pouvait lire : 
« Fondation Sarah Chevalier – Foyer pour les enfants en danger »



Nouvelle basée sur les photos de Marie et Raphaël :


Nous pratiquons l’exploration urbaine depuis un moment et avons parcouru de nombreux kilomètres, traversé plusieurs pays d’Europe, de l’Italie à la Belgique à la recherche de lieux abandonnés toujours plus impressionnants.




Avec un certain décalage par rapport au trop sérieux de cette communauté Urbex, nous ne nous prenons pas au sérieux et essayons de remettre en question certains principes qui n’ont pas lieu d’être. Ravis de cette collaboration avec Cécile, nous espérons que vous apprécierez cette nouvelle. 

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